Je me nomme Younas et j’ai 27 ans. Je viens de Kunar tout à l’est de Afghanistan, à la frontière avec le Pakistan. A la maison, nous étions 4 frères. Je ne suis jamais allé à l’école et avec les copains, on jouait au criquet, on faisait du vélo comme tous les enfants de mon âge et j’avais une vie très heureuse. Maman s’occupait de nous et de la maison. Nous étions une famille unie et joyeuse et puis mon père, qui était policier, a quitté ce monde quand j’ai eu 12 ans. Après, ce fut différent. J’ai commencé à travailler dur avec mes frères au jardin. On faisait pousser du maïs, du riz et des légumes pour la famille et on vendait le reste au marché.
Ensuite, vers 17 ans, je suis tombé amoureux et ma vie a basculé. Quand le père de la jeune fille, qui était un taliban a appris qu’on se voyait en cachette, il était furieux et j’ai eu peur pour ma vie. J’ai dû fuir à Kaboul. J’appelais ma mère au téléphone pour savoir comment ça se passait au village et si je pouvais rentrer, mais elle m’a dit de fuir. Il continuait à me rechercher ...
C’est pour cette raison que j’ai dû quitter mon pays pour me mettre à l’abris. Les talibans ont un très grand réseau et quand ils cherchent quelqu’un, ils le trouvent. Après, j’ai suivi la route de beaucoup de mes compatriotes ; d’abord l’Iran où je me suis fait arrêter et reconduit à la frontière, ensuite pour 1600 euros et 15 jours à pieds dans les montagnes, un passeur m’a emmené en Turquie où j’ai travaillé dans le textile avant de me faire arrêter à nouveau, et puis en Grèce où j’ai travaillé dans un élevage de 6000 poules pondeuses. Et devinez quoi ? Je me suis fait arrêter, encore une fois !
Après avoir traversé la Serbie, la Bosnie et l’Italie, je suis arrivé en France en 2022 à Marseille dans un conteneur. A 15 mn près, on mourrait de chaleur et de déshydratation. La police française a entendu les coups que l’on donnait contre les parois. Ils nous ont ouvert, nourrit et abreuvé avec beaucoup de gentillesse. On nous a interrogé sur notre parcours et quelques semaines après je me suis retrouvé au Centre d’Accueil pour Demandeur d’Asile à Amboise.
Depuis novembre 2024, je travaille aux Jardins de Contrat et je loue un appartement. J’adore travailler aux Jardins. Je progresse en français avec mes collègues qui sont tous très gentils avec moi et j’aime travailler la terre. Je fais aussi les préparations de commandes pour les magasins.
Le seul problème c’est que je n’ai pas envie de partir d’ici. Je sais que ce n’est pas possible et qu’il ne me reste qu’un an de contrat au maximum mais j’ai peur de partir ailleurs. Mes accompagnateurs me répètent qu’il faut que je m’y prépare et ils m’aident, alors je commence à réfléchir à l’avenir… peut être une formation dans le BTP ou en viticulture je ne sais pas encore. Je referais un témoignage quand j’aurai avancé !
A bientôt !


