Cela fait maintenant huit ans que ma vie a basculé sur cette route. En un instant, l’irresponsabilité d’un conducteur alcoolisé a brisé mon univers : j’ai perdu ma fille et sa mère. Ce choc a été d’autant plus cruel qu’en raison de difficultés personnelles de nos deux côtés, nous ne pouvions pas être ensemble et je n’avais pas pu passer suffisamment de temps avec elles. Aujourd’hui encore, je me maudis chaque jour qui passe de ne pas avoir su faire autrement à l’époque. Depuis ce choc frontal, je ne suis plus le même homme. La douleur a été d’une telle violence que mon esprit a mis en place des mécanismes de défense radicaux ; je me suis totalement renfermé sur moi-même pour ne plus souffrir. Je me suis muré dans un silence protecteur, une sorte de forteresse intérieure, vivant en mode automatique, déconnecté du monde et de mes propres sentiments.
Pendant huit longues années, je suis resté seul avec cette absence omniprésente, incapable de laisser entrer qui que ce soit dans ma bulle. J’ai avancé dans le vide, sans boussole, m’imposant cet isolement comme une condition sine qua non de ma survie.
Récemment, j’ai fait le choix de rejoindre les Jardins de Contrat, et ce lieu est devenu mon ancrage. Ici, je m’autorise enfin à prendre du temps pour moi, à soigner ces cicatrices que j’avais si longtemps ignorées. L’encadrement sain et bienveillant que j’y trouve est le moteur de ma reconstruction.
Une rencontre déterminante : Je tiens à souligner l’impact de l’un des encadrants qui, par son écoute et son humanité, m’a aidé à retrouver une motivation que je pensais disparue à jamais. Je lui en suis profondément reconnaissant ; c’est grâce à ce genre de soutien que je réapprends, petit à petit, à regarder devant moi.
Aujourd’hui, cet environnement me permet, pour la première fois, de réapprendre à avancer à mon propre rythme, loin du tumulte extérieur qui me paraissait si agressif. Cependant, cette reconstruction est un processus lent. Pour le moment, je n’arrive pas encore à me projeter en dehors de ce cocon. Je vis pleinement cet équilibre retrouvé sans pouvoir imaginer l’après.
Je suis pourtant lucide : je connais les règles du jeu. Je sais que notre parcours ici est limité à deux ans, c’est le contrat de départ. Mais je dois avouer que l’idée du départ m’angoisse.
J’aime énormément cet endroit, la sérénité qu’il dégage et la qualité des personnes qui nous encadrent. Quitter ce port d’attache sera une épreuve difficile, tant les Jardins sont
devenus le terreau de ma nouvelle vie.


